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Territoires (1) : TEPos et Pollec mobilisent les communes et les citoyens

Nous entamons ici une série d'articles sur les retours d’expérience de différentes dynamiques locales de transition énergétique en Wallonie. Aujourd’hui : les projetsTEPos et POLLEC.

Comment encourager les citoyens à s'impliquer concrètement dans la transition énergétique ?

En Wallonie, deux projets initient une dynamique au niveau local et individuel : TEPos (pour « Territoires à Energie positive »), initié par un réseau européen de Territoires, et POLLEC (pour « Politique Locale Energie Climat »), initié par la Wallonie.

Ces deux projets, coordonnés par l'asbl APERe, visent à impliquer les collectivités locales et les citoyens dans la transition énergétique et la lutte contre les changements climatiques.

Voici le retour d'expérience de Frederic Praillet (asbl APERe), coordinateur de TEPos et POLLEC.

« Au niveau local, le volontarisme repose essentiellement sur la personnalité d’un acteur, bien plus que sur sa couleur politique »

Jean Cech (Renouvelle) : Voici cinq ans, vous avez été amené à approcher les acteurs communaux pour leur parler des projets européens d’implication citoyenne dans la transition énergétique. Quel « paysage » avez-vous découvert sur le terrain ?

   Frederic Praillet (asbl APERe) : Nous savions qu’il n’y avait qu’une poignée de communes wallonnes qui s’étaient jusque-là concrètement impliquées dans ce mouvement en adhérant à la Convention des Maires. Il y avait donc pas mal de travail à faire pour conscientiser les élus locaux sur le rôle concret qu’ils pouvaient jouer dans la transition énergétique.

J.C. : Avaient-ils du mal à en prendre la mesure ?

F.P. : A l’époque – tout comme aujourd’hui –, lorsque nous parlons de transition énergétique à des élus locaux, ils ont souvent tendance à penser qu’on fait essentiellement référence à leur patrimoine immobilier communal. Pour beaucoup, ils ont mis en place une comptabilité énergétique, remplacé des châssis, renforcé les isolations,… mais ils n’ont pas forcément intégré leur rôle potentiel de catalyseurs des actions citoyennes sur leur territoire. Même si en adhérant à la Convention des Maires les élus s’engagent implicitement sur l’ensemble de leur territoire. Or les émissions du patrimoine communal ne représentent souvent que quelques pourcents des émissions globales de leur territoire. De ce point de vue, mis à part pour les communes déjà engagées dans la Convention, tout restait à faire. A moins que l’un ou l’autre échevin ou un conseiller en énergie particulièrement motivé ait déjà poussé la réflexion plus loin.

Un Plan de plus à intégrer

J.C. : Quelles étaient leurs réactions vis-à-vis des nouvelles contraintes que vous leur ameniez ?

F.P. : Sans surprise, dans la mesure où, même limité au patrimoine local, le travail était déjà loin d’être négligeable, elles voyaient mal comment elles allaient pouvoir dégager du temps et des moyens humains supplémentaires pour étendre leur action à l’ensemble de leur territoire. En outre, elles sont souvent déconcertées par la lourdeur des procédures au sein de la Convention des Maires. Voilà un nouveau Plan qui va devoir s’insérer entre ceux déjà mis en place sur d’autres thématiques : Plan cyclable, Plan Communal de Développement Rural, Plan Communal de Développement de la Nature,… Enfin, elles se montrent préoccupées par les engagements à long terme que cela suppose au regard des limites politiques de leur mandat. Seront-ils encore là dans cinq ou dix ans pour finaliser leur action ?

J.C. : Qu’est-ce qui se révèle le plus déterminant de l’engagement de vos interlocuteurs locaux ? La couleur politique ? Le niveau d’autonomie par rapport à la hiérarchie ?...                                                                                                                              

F.P. : Ce qui m’apparaît évident, c’est que, au niveau local, le volontarisme repose essentiellement sur la personnalité d’un acteur, bien plus que sur sa couleur politique. Il est souvent lié aux convictions intimes et à l’engagement d’un individu – bourgmestre ou échevin – qui prend le sujet à cœur. Parfois aussi d’un conseiller en Energie qui a la pleine confiance de son Conseil communal et le talent de bien présenter les choses.

J.C. : Certaines circonstances préalables ne peuvent-elles aussi aider au démarrage ?

F.P. : C’est évident. Cela s’est clairement vérifié dans le cas de la Province de Luxembourg où, dans le cadre de notre mission de Facilitateur éolien, nous avions été amenés à accompagner la création, en 2009, du Groupement d'Acteurs Provinciaux de Planification des Energies Renouvelables (GAPPER). Il s’agissait déjà du développement d’une réflexion supra-communale et multi-acteurs sur l’avenir énergétique. Cela a clairement facilité la décision de la Province d’étendre la réflexion à l’ensemble de la problématique énergétique et climatique du territoire. Du point de vue pratique aussi, cela nous a inspiré sur la manière de travailler efficacement sur un territoire aussi large que la Province de Luxembourg.

Manque d’expertise

J.C. : Ces démarches ne pâtissent-elles pas, au début, d’une certaine fragilité dans la mesure où elles reposent, de part et d’autre, sur quelques individus relativement isolés… ?

F.P. : Effectivement. Et cela d’autant plus qu’au début, vous ne disposez d’aucun outil pour standardiser le travail à réaliser. Comment calculer la réduction des émissions ? Quel type d’actions mener ? Sur base de quelles missions minimales ? Comment obtenir une participation des différents acteurs locaux ? etc. Faute d’expertise préalable, cela peut partir un peu dans tous les sens avant de déboucher sur une organisation bien rôdée et documentée. Ce n’est qu’à partir de POLLEC2 (initié en 2015), sur base de l’expérience acquise dans POLLEC1 (initié en 2012), que nous avons pu travailler sur des bases structurées.

J.C. : S’agissant de la protection du climat - une problématique complexe et "éloignée" dans le temps et l’espace -, comment arrivez-vous à capter l’attention de vos interlocuteurs ?

F.P. : Il y a un travail préalable de sensibilisation qui fait partie de nos missions. Mais au-delà des aspects assez complexes, certains arguments peuvent se révéler assez porteurs au niveau local. L’impact climatique local ne constitue pas l’élément majeur. On peut évoquer le développement économique local, la lutte contre les inégalités, l’indépendance énergétique, etc... Maintenant que, dans les nouvelles campagnes, on aborde la question de l’adaptation aux changements climatiques et non plus seulement l’atténuation (la réduction des émissions de gaz à effets de serre), la thématique apparaît aussi beaucoup plus concrète du point de vue local. Les considérations ne sont plus seulement économiques mais aussi sociales et démocratiques.

Une phase de réflexion

J.C. : Quels sont les moteurs d’une adhésion large et enthousiaste de la population locale sur ce créneau énergétique dans une optique de co-construction ?

F.P. : Nous en sommes encore dans une phase de réflexion à ce niveau. On a beau sensibiliser les communes à leur rôle de catalyseurs des acteurs locaux, force est de constater que c’est le plus souvent la commune et le bureau d’études qui échafaudent de leur côté le plan d’action moyennant, le cas échéant, une ou plusieurs séances d’information publique, mais guère plus. Sans doute parce qu’une réelle participation/consultation populaire est très lourde et complexe à mettre en place. Compte tenu aussi de délais parfois très courts en fonction des projets et de moyens globalement limités.

Nous avons cependant quelques exemples prometteurs, comme celui du Parlement Citoyen Climat en Province de Luxembourg, de groupes de compétence, de comités de pilotage mis en place par certaines communes. Mais alors se pose la question de savoir qui participe activement à ces organisations et en quoi ces acteurs sont représentatifs des citoyens.

L’expérience du Parlement Citoyen Climat en Province de Luxembourg a permis une réelle participation des citoyens aux enjeux climatiques. Lire notre article Climat : un Parlement engagé sur son territoire.

Objectivement, nous n’avons pas encore réussi à ce qu’un plan d’action locale soit véritablement le fruit d’une concertation avec tous les acteurs du territoire. Avec les citoyens, dans une certaine mesure, on y arrive, mais le lien avec le secteur associatif, le secteur privé et le monde des entreprises ne se noue pas vraiment. C’est notre gros enjeu pour 2017.

J.C. : Pourquoi, selon vous ?

F.P. : Il y a une certaine méconnaissance du citoyen sur ce qui se passe dans sa commune et une certaine méfiance de l’initiateur privé vis-à-vis d’une éventuelle récupération politique. On constate aussi une certaine mainmise du politique sur les actions qu’il initie, peu désireux de voir interférer les citoyens dans sa gestion.

Ce qui est encourageant, par contre, c’est la prise de conscience actuelle au niveau des élus locaux de la nécessité de mettre en place des systèmes de concertation et de participation sur différentes thématiques. A l’instar de ce qui se met en place dans les Commission Locales de Développement Rural (CLDR).

J.C. : Il y aurait donc des difficultés à concilier les points de vue d’acteurs poussés par des motivations et souvent des intérêts divergents… ?

F.P. : En fait, il manque une sorte d’expert de l’action collective. Quelqu’un qui soit capable d’aider les communes à animer les débats en se positionnant de la manière la plus neutre possible, de manière à laisser de la place pour la réflexion citoyenne. De faire se rencontrer, au sein d’un groupe, des compétences multiples : scientifiques, techniques, sociales, financières, etc. Des praticiens locaux représentatifs de toutes les sensibilités, que le politique pourra ensuite se réapproprier sans qu’on soit encore dans un processus décisionnel.

Sur certains territoires, comme la province de Luxembourg, nous sentons une réelle volonté de mettre en place une dynamique que co-construction. Mais l’expertise opérationnelle est encore en plein développement avec le soutien précieux de l’université de Liège. De même que le retour d’expérience au sein du réseau européen des Territoires à Energie Positive (TEPos). Car, un peu partout en Europe, ça bouge beaucoup. On expérimente beaucoup. Souvent on est précurseur, on voit bien qu’on n’est pas encore au bout, même si les outils qui nous aident à avancer sont de plus en plus performants. Mais au moins on ne se sent pas seuls.

Une des difficultés, aussi, c’est qu’on est dans une dynamique qui s’inscrit dans la durée et que le citoyen est souvent impatient. Son engagement se nourrit de résultats tangibles et concrets.


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