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La Wallonie s'adaptera aux changements climatiques

De nombreux territoires anticipent déjà les conséquences des changements climatiques. En Wallonie, les communes devront notamment adapter leur gestion de l’agriculture et des forêts. L’Agence Wallonne de l’Air et du Climat (AWAC) soutient cette démarche.

Au sommet de Rio, en 1992, les questions climatiques restaient relativement théoriques. Depuis lors, la communauté scientifique s’est mobilisée au sein du GIEC et confirme avec précision les changements climatiques déjà observés ou attendus.

Il s’agit avant tout d’atténuer nos émissions de CO2. La Wallonie, au même titre que toutes les régions ayant des niveaux d’émissions de CO2 supérieurs à la moyenne, doit rester solidaire avec les territoires les plus touchés dans le monde - Etats insulaires, zones côtières, zones de désertification, … -, où les populations pourraient être amenées à fuir (réfugiés climatiques). Les pays industrialisés ont donc la responabilité de maintenir le réchauffement en-dessous du seuil de 2°C pointé par le GIEC comme limite à ne pas dépasser.

Mais il est désormais aussi question de ce qu’il faut entreprendre, dès maintenant, pour vivre avec les conséquences des changements climatiques devenus inévitables. C’est le volet « Adaptation » des politiques climatiques.

Comme le prédit un expert climatique : « Face aux risques climatiques, nous avons trois options : atténuer nos émissions, nous adapter ou souffrir. Nous ferons un peu des trois. »

L’Europe a d’ores et déjà établi de nombreuses mesures d’adaptation à prendre, principalement pour faire face à la montée des eaux, aux impacts sur la santé et aux modifications des rendements agricoles.

Et ce n’est pas tout: 20% du budget européen (fonds structurels, politique agricole, environnement, recherche, etc) devraient y être consacrés sur la période 2014-2020.

Les Etats membres ont donc été priés de présenter des plans cohérents pour se préparer. Les Pays-Bas ont pris une longueur d’avance tant pour protéger leur territoire (dont une large part a été « empruntée » à la mer) que pour adapter leur habitat. La Flandre renforce également les protections côtières pour faire face à la montée des eaux.

En Wallonie, l’Agence Wallonne de l’Air et du Climat (AWAC) prévoit une adaptation nécessaire de la gestion de l’agriculture et des forêts, ce qui affectera les ressources en biomasse-énergie. L’agence propose notamment aux communes un outil qui leur permet d’évaluer leur vulnérabilité.

Julien Hoyaux, en charge de l’adaptation à l’AWAC, fait le point sur la situation.

« C’est en agissant maintenant que l’on diminuera les coûts futurs »

Jean Cech (Renouvelle) : Où en est la réflexion sur l’adaptation aux changements climatiques en Belgique et quelles en sont ses retombées institutionnelles ?

Julien Hoyaux  (AWAC) : On n’évoquera ici, dans le cadre de cet article, que le volet "adaptation" au niveau domestique, bien qu’il y ait également tout un volet international traitant des problèmes auxquels sont confrontés les pays les plus vulnérables qui sont clairement d’une autre ampleur. Elargir le débat à cette dimension amènerait à toute une série de questions, notamment sur les enjeux migratoires. Aux niveaux belge et régional, la démarche a réellement démarré en 2009 avec la publication du Livre blanc de la Commission Européenne qui annonçait une stratégie d’adaptation européenne et encourageait les Etats membres à développer des stratégies nationales d’adaptation. Cela nous a conduits à formuler une stratégie belge, approuvée en décembre 2010. C’était une première étape qui nous permettait de situer et de communiquer notre réalité – impacts attendus, initiatives envisagées, etc. - aux niveaux belge et européen, avec comme objectif l’élaboration d’une feuille de route nationale. Dans le même temps, les Régions ont lancé des études d’évaluation des vulnérabilités, des risques et des impacts au niveau de leur territoire spécifique. Ces études ont permis d’élaborer des plans régionaux, les Régions disposant des compétences pour agir au niveau local. La Flandre a ainsi approuvé son plan climat qui comporte un volet adaptation. Cette dimension est également incluse dans le projet de plan ‘Air Climat Energie’ wallon soumis à enquête publique l’été dernier. Nous sommes occupés actuellement à y intégrer les remarques reçues.

J.C. : En attendant, des initiatives existent déjà….

J.H. : Oui, nous avons commencé par identifier les mesures existantes sur notre territoire et pouvant répondre aux besoins d’adaptation. Typiquement, le plus évident touche aux phénomènes d’inondations, pour lesquels nous disposons déjà d’un instrument spécifique, le « plan PLUIES », mis en place en 2003, donc bien avant qu’il soit question d’adaptation aux changements climatiques. Il a été revu une première fois pour y intégrer la dimension « climat ». Nous travaillons à son actualisation pour répondre à la directive « inondations » ( directive "inondation" 2007/60/CE ) qui mentionne explicitement les changements climatiques.

J.C. : Les changements climatiques rendront-ils le territoire wallon plus vulnérable de ce point de vue ?

J.H. : A priori, oui. La vulnérabilité d’un territoire est fonction de l’exposition à un risque et de la sensibilité du territoire à ce risque. Les changements climatiques aggraveront certains phénomènes parfois déjà constatés (augmentation de la fréquence et de l’intensité des pluies orageuses, hivers plus doux et humides, …), ce qui augmentera l’exposition de notre territoire au risque d’inondations et donc sa vulnérabilité à ce risque. Des structures sont déjà en place et tout le travail consiste à sensibiliser les personnes en charge de ces structures aux changements qui se profilent. Il y a par exemple des marges de sécurité supplémentaires à envisager dans les dispositions actuellement prévues.

J.C. : La stratégie européenne pointe deux autres domaines, l’agriculture et la foresterie, où les conséquences des changements climatiques vont peser autrement plus lourd dans l’évolution du territoire…

J.H. : Pour ces deux secteurs, on s’attend dans un premier temps à des effets plutôt positifs. L’augmentation de la température et de la concentration en CO2 dopera la croissance de certaines plantes. Cependant, des facteurs limitants tels que par exemple la fertilité du sol et la disponibilité en eau viendront contrer cet effet positif.

La grosse différence entre agriculture et forêts, c’est l’échelle de temps. Pour la première, on évoque des rotations d’un an, ce qui permet une adaptation plus progressive et donc plus aisée à mettre en place. Au niveau de la forêt, les cycles de développement se comptent en dizaines d’années, voire en siècles.  Cela demande donc à être plus réfléchi sur la durée.

Par contre, l’agriculture doit répondre à plusieurs défis – l’alimentation, la production de biomasse à des fins énergétiques ou de matière, la réduction des émissions et la séquestration du carbone, … – qui la rendent plus complexe à aborder. Dans le même temps, cela positionne aussi ce secteur d’activité comme particulièrement important pour affronter ces défis.

Tableau ci-dessous: Synthèse des vulnérabilités en Wallonie (étude ECORES et TEC Conseil, 2011)

J.C. : Quid des professionnels concernés ?

J.H. : S’agissant de l’agriculture, ce sont des acteurs particulièrement importants pour anticiper et atténuer les changements climatiques. Ils peuvent aussi, dans le même temps, contribuer à en optimaliser les effets positifs. Et cette adaptation peut se faire plus naturellement. Mais il y a de nombreux facteurs à prendre en compte simultanément et ils peuvent parfois être contradictoires. Par exemple, l’augmentation de la température peut d’une part stimuler la croissance de la plante mais d’autre part favoriser le développement d’agents pathogènes. Le bilan final n’est donc pas facile à évaluer.

Quant à la foresterie, on a affaire à un secteur qui est déjà largement conscient des évolutions à venir. Il y a déjà eu de nombreuses publications sur le sujet et le nouveau code forestier de 2008 intègre explicitement les changements climatiques.

J.C. : Voilà deux domaines - l’agriculture et la forêt - qui bénéficient déjà chacun d’un encadrement public bien circonscrit, avec des compétences politiques et administratives bien cloisonnées. Comment une nouvelle administration comme  l’AWAC, chargée d’une mission transversale et de préoccupations « inhabituelles », vient-elle se glisser là dedans ? Comment est-elle accueillie ?

J.H. : Dès 2008, nous nous sommes efforcés de cibler des personnes relais au niveau des différents domaines publics à aborder afin de créer un groupe de contacts wallons pour l’adaptation. Ce groupe a pour but de collecter les informations sur les actions actuelles des différentes directions qui constituent, en pratique, des mesures d'adaptation aux changements climatiques, de coordonner une position officielle de la Wallonie et de trouver des pistes de réflexion sur les axes prioritaires et les autres stratégies d'adaptation à élaborer ou à mettre en œuvre au niveau régional. Il y a eu une première rencontre pour faire connaissance et établir des contacts réguliers. Une première étude sur les impacts des changements climatiques nous a permis de tester cette collaboration. Depuis, nous nous efforçons d’assurer un relais systématique sur tout ce qui intervient sur le sujet aux niveaux européen, national et régional. On n’est pas du tout dans le rapport de force et l’affrontement de compétences.

J.C. : La même question pourrait se poser aussi au niveau des pouvoirs locaux, des mandataires locaux, des décideurs politiques…

J.H. : En effet. La première expérience à ce niveau remonte à l’élaboration de notre outil de diagnostic de la vulnérabilité d’un territoire communal aux impacts des changements climatiques. Nous voulions un outil très simple, utilisable par chacun, sur base de données existantes. Un outil Excel et une série de questions à choix multiples qui permettent à la commune, à partir de questions simples ne nécessitant aucune connaissance technique particulière, de se situer sur ces questions d’impact et de perception des risques. Nous avons bénéficié de la collaboration de l’Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) et testé l’outil auprès de cinq communes candidates. Maintenant, il s’agit de généraliser cet outil à l’ensemble des communes et c’est sans doute ce qui demandera le plus de temps.


L'outil développé par l'AWAC permet aux communes d'établir un diagnostic de leur vulnérabilité et de choisir les actions à mettre en oeuvre. Consulter l'outil

J.C. : Il faut convaincre aussi les communes de s’investir dans de telles démarches alors que leurs moyens sont limités et qu’elles ont par ailleurs d’autres fers au feu…

J.H. : Bien entendu. La difficulté que nous rencontrons est principalement due à l’échelle de temps à laquelle nous travaillons. On évoque des changements ou certains bouleversements qui auront sans doute lieu d’ici trente ou cinquante ans, quand ce n’est pas à la fin du siècle. Il est clair que bien d’autres priorités peuvent interférer. Par contre, il y a peut-être dans la gestion de ces priorités – je pense surtout aux infrastructures – des considérations climatiques qui peuvent intervenir et vous pousser à modifier votre projet pour tenir compte des changements climatiques déjà annoncés. Des conditions extrêmes par exemple que vous auriez estimées hautement improbables jusqu’ici.

J.C. : Une belle manière d’amener une population à passer d’une vision théorique à des actions pratiques… Vous faites œuvre de pédagogie, en somme.

J.H. : Oui. Mais avec ce handicap que cela suppose souvent des surcoûts et que les retombées positives de ceux-ci ne seront perceptibles qu’à moyenne ou longue échéance. Généralement, nous attendons des retours concrets et directs de nos investissements. Dans un premier temps, nous bénéficierons peut être de l’image positive de démarches dites « durables » – c’est toujours très porteur dans un bilan de législature –, mais sur la durée, l’effet s’estompe. A côté de cela, il reste encore quelques incertitudes qui, souvent, servent à justifier l’inaction : on n’est pas tout à fait sûr, donc on va attendre le signe qui va nous pousser à l’action. Pourtant, une chose est certaine, c’est en agissant maintenant que l’on diminuera les coûts futurs.

J.C. : Dans le domaine de l’énergie, les inventaires d’impact font état de problèmes assez importants au niveau des réseaux et cela en présence de hausses de température relativement minimes. Où pourraient se situer ces difficultés ?

En ce qui concerne les réseaux, il y a des effets directs et indirects des changements climatiques. Pour les effets indirects, l’étude d’ECORES et TEC Conseil (2011) faisait état de problèmes liés à la gestion d’une part croissante des énergies renouvelables et donc d’une production décentralisée plus importante injectée dans le réseau. Ceci est donc plutôt en lien avec la politique d’atténuation des changements climatiques. Cela étant dit, la CwAPE est consciente du problème et a mis en place des groupes de travail pour réfléchir au développement de réseaux électriques durables et intelligents.

Par ailleurs, si l’on regarde les effets directs, la littérature nous apprend également que l’augmentation de la température peut affecter le transport et la distribution de l’énergie et causer des pertes supplémentaires sur les réseaux électriques. De même, avec la multiplication d’événements extrêmes (tempêtes, inondations, …), on peut légitimement craindre une augmentation des dégâts sur les infrastructures.

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