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Consommation électrique : Le réveil citoyen

Le remue-ménage médiatique sur les délestages annoncés pour cet hiver n’a pas interpellé que les politiques et les professionnels. Les citoyens aussi veulent avoir voix au chapitre et apporter leur grain de sel sur le terrain. Quelques exemples concrets proches et moins proches peuvent les inspirer.

L’annonce de pénuries probables d’électricité cet hiver et surtout de possibles délestages imposés en cas de besoin dans certaines régions a frappé les esprits jusque dans les foyers privés. Mais ce n’est rien à côté de la situation rencontrée au Japon en avril 2011 suite à la catastrophe de Fukushima quand le pays a subitement perdu, selon les régions, entre 25 % et 50 % de sa puissance électrique installée. Et cela sans espoir de pouvoir bénéficier d’interconnexion avec des pays voisins !

Focalisé sur les urgences et les grosses installations de production nucléaires principalement (à terme, une cinquantaine, soit un quart de l’électricité consommée dans l’archipel) à compenser en urgence, on a peu parlé des mesures prises pour réduire dans le même temps la consommation au niveau de l’industrie, mais aussi des citoyens. Ce qui est sûr, c’est qu’elles ont profondément marqué la perception de l’énergie au niveau du grand public japonais. Au point que la consommation des ménages a baissé de 15 % au cours de l’été 2011 pour revenir au niveau des années 1970. Et elle baissait encore de 10 % l’année suivante, ramenant la consommation d’électricité du Japonais à la moitié de celle d’un Américain (lire également notre article Au Japon, la volonté citoyenne porte ses fruits). 

De quoi inspirer ceux qui évoquent aujourd’hui chez nous des délestages volontaires et coordonnés au niveau des ménages. C’est précisément ce que s’attelle à faire depuis 2008 déjà une autre « (presqu’)île énergétique » : la Bretagne. Sous-connectée au réseau haute-tension, elle ne produit elle-même que 10 % de sa consommation électrique (souvenez-vous : les citoyens avaient dans les années septante refusé la construction d’une nouvelle centrale nucléaire à Plogoff). C’est pour faire face au risque fréquent de pénurie, que les autorités ont lancé en 2008 le dispositif « EcoWatt » invitant (via courriel ou SMS) particuliers et collectivités à modérer ponctuellement leur consommation en cas de besoin. Les effets sur la consommation électrique ne sont pas spectaculaires (de l’ordre de quelques pourcents) mais constituent la petite goutte retenue qui évite au vase de déborder. On ne minimisera pas non plus l’effet éducatif de l’opération sur la perception de « droit » qu’est devenu l’alimentation en électricité et ses implications concrètes.

C’est également le sens de la campagne « OFF ON » initiée en novembre par le gouvernement fédéral pour informer et impliquer les citoyens belges face au risque de pénurie d’électricité. Il s’agit de les amener à anticiper la situation d’urgence en leur proposant une série de mesures simples et concrètes pour diminuer leur consommation. Pour identifier aussi les risques et les précautions à prendre – avant, pendant et après – en cas d’application du plan de délestage concocté par le gouvernement, à la manière de ce qui se fait en Bretagne.

L'opération se base sur les indicateurs fournis par Elia et relayés dans de nombreux medias et bulletins météo. Le gestionnaire du réseau haute-tension affiche des prévions à 7 jours, permettant de prévoir une situation normale, un risque de pénurie ou de délestage ou, in fine, un délestage effectivement annoncé, afin de pouvoir agir en conséquence.

Le collectif HOP!, qui réunit plusieurs associations spécialisées en énergie durable, alimente ainsi la campagne "OFF ON" par des conseils utiles et répond aux questions des citoyens.

Tandis que certains acteurs de terrain, conscients que la sensibilisation n’est pas l’action, proposent des formules plus volontaristes autour de noyaux de citoyens disposés à s’impliquer davantage. C'est le cas de FactorX, qui envisage la création de véritables « centrales de réduction de la demande électrique, citoyenne et collaborative ». Son ambition – à l’instar des agrégateurs sur le terrain industriel – est de constituer au niveau des ménages « des réserves de baisse de la consommation de 1 000 à 2 000 MW, mobilisables à tout moment sur simple injonction des gestionnaires de réseau ou des fournisseurs ». Outre la contribution à l’équilibre du réseau, l’objectif ultime est clairement de « changer les comportements en vue de contribuer à lisser les courbes de consommation des utilisateurs non télérelevés en Europe, pour toutes les énergies utilisées ». 

Reste à voir dans quelle mesure (et à quelles conditions ?) un nombre suffisant de nos concitoyens sont réellement mobilisables sur le moyen voire long terme pour que leur contribution constitue une donnée fiable et conséquente sur le marché de l’énergie (lire notre interview Frédéric Chomé: « Nous proposons aux citoyens d’agir sur les prix du marché »).

 

 

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Actualité Belgique
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